Article réalisé par les Editions
AutreVue - Fondation
Berliet


C'est
en 1866 que Marius Berliet naît à Lyon, à la Croix-Rousse. Adolescent, il fabrique
des chapeaux avec son père dans l'atelier familial tout en suivant des cours du
soir. Jeune homme responsable et talentueux, il fait prospérer cet atelier sans
pour autant délaisser son goût pour la mécanique. À 28 ans, il construit sa première
voiture, une carrosserie torpédo, qu'il réalise intégralement du moteur au châssis
en passant par les roues à rayons et les banquettes rembourrées. Un an plus tard,
il décide de se consacrer exclusivement à la construction automobile. En 1902,
il achète, en association avec M. Giraud, un soyeux qui s'occupera de la gestion
de l'entreprise, les usines Audibert & Lavirotte de Lyon à Monplaisir. L'entité
industrielle nouvellement créée, compte rapidement 500 ouvriers. A l'écoute de
sa clientèle, comme l'a fait outre-atlantique Henry Ford avec la Ford T en 1908,
le français choisit de fabriquer des voitures simples, légères et économiques.
Pour cela, il applique à sa production les principes de la division du travail,
dans le but d'augmenter les volumes tout en baissant le prix de revient. Ainsi
la production s'organise autour de divers ateliers : la chaudronnerie, les machines-outils,
l'usinage, le montage des moteurs et des boîtes de vitesses, la forge et le traitement
thermique et le montage des châssis. Les matières premières et les produits semi-usinés
sont, quant à eux, achetés dans le bassin stéphanois. Le développement de Berliet
tient à son exigence en matière de qualité, ce qui en fait une marque reconnue
pour ses constructions robustes, simples et faciles à entretenir.
Dix
ans après avoir construit sa première voiture, Marius Berliet fait une rencontre
qui change le cours de son existence. En effet, il signe son premier contrat d'exploitation
de licence avec un fabricant américain de locomotives qui souhaite se diversifier
dans l'industrie automobile. Ce fabuleux contrat porte sur 4 modèles de voitures
assemblés aux Etats-Unis à partir de plans et de pièces importées de Lyon. Ce
transfert technologique, fruit de la culture d'entreprise, marque, en 1906, l'adoption,
comme sigle de la marque, de la face avant d'une locomotive américaine, en souvenir
de ce contrat. Pour acheter la licence qui lui permettra de fabriquer les "meilleures
voitures du monde" le fabriquant américain lui fait un chèque de 500 000 francs-or,
réinvesti, en 1912, dans une usine ultra-moderne, bâtie sur un terrain de 400
ha situé sur Vénissieux et Saint-Priest. En 1913, Berliet emploie 3000 ouvriers
et produit 4 000 véhicules par an dont la moitié est exportée en Europe, en Russie,
en Turquie, au Japon, au Brésil et depuis 1909, en Algérie. Il faudra attendre
1965, et la signature d'un contrat de licence de fabrication de véhicules lourds,
pour voir les prémisses d'une pénétration du marché chinois. Au fil des décennies,
ponctuées d'innovations technologiques avec une priorité au diesel dès les années
30, Berliet sera l'un des rares, parmi les nombreux fabricants automobiles du
début du siècle, à résister aux années. L'entreprise ne cessera d'étonner par
son audace et la diversité de ses modèles : véhicules militaires, autorails, autocars…
Le 17 Mai 1949, Marius meurt et Paul prend sa succession, assisté de ses trois
frères : Jean, Henri et Maurice.
A partir de 1952, une suite d'absorptions,
comme celles de Laffly, Rochet-Schneider ou Camiva, et la fabrication des poids
lourds Citroën, viennent enrichir l'entreprise Berliet. Par ailleurs, sa fusion
en 1978 avec SAVIEM, donne jour à un nouveau groupe : Renault Véhicules Industriels
(RVI), devenu un groupe international, grâce à l'absorption, en 1983, de Dodge
europe puis Mack. Enfin, en 2002, lors de son rapprochement le groupe suédois
Volvo, RVI devient Renault Trucks mais est toujours le véritable héritier industriel
de Berliet.

En
1982, la Fondation Marius Berliet est créée par ses descendants et a deux vocations
précises. La première est la sauvegarde et la valorisation de l'histoire des camions,
cars et bus français de toutes marques. La seconde est la sauvegarde et la valorisation
des marques automobiles originaires de la région Rhône-Alpes et plus globalement
de la culture industrielle. La Fondation s'appuie sur une collection d'environ
300 véhicules français, de 1886 à nos jours ainsi que d'une centaine de moteurs.
Des archivistes-documentalistes professionnels, assistés par de nombreux bénévoles
participent à la scannérisation et à l'archivage de près de 290 000 documents
photographiques ou imprimés. La collection, comme la banque de données, sont enrichies
en permanence de nouveaux documents souvent en très mauvais état. Constituant
aujourd'hui une réponse à nombre de questions que se posent historiens, sociologues,
ethnologues, géographes, urbanistes ou encore étudiants, la fondation consacre
également des fonds et du temps à la restauration de matériels anciens. Cette
restauration selon les critères de la Fondation, exige que le véhicule concerné
ait retrouvé son aspect, ses performances et équipements d'origine. C'est dans
la villa Art Nouveau de Marius Berliet datant de 1912, décorée par Majorelle et
Grüber, inscrite à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques, que
se trouve le siège de la Fondation. Trait d'union entre le passé et l'avenir,
entre la recherche, l'art et l'industrie, elle s'efforce de sauvegarder un pan
de culture technique et industrielle, la connaissance du passé permettant de mieux
comprendre le présent et d'imaginer l'avenir.
Article
réalisé par les Editions
AutreVue / photo : Fondation
Berliet
cet artcile est issu du livre "Savoir-Faire du département
du Rhône"
avec l'aimable autorisation de Stéphane AVRAM
( 3A
) et Hervé TOURNIER des Editions
AutreVue